• La fièvre du samedi soir

    Depuis trois jours la fièvre ne me quitte plus, s'ostinant à reserrer son éteau sur mon crâne endolori. Mes yeux sont brillants, mes joues rougies par la maladie et mon corps est couvert de sueur tour à tour brûlante et glacée. Je perd la boussole, le délire s'empare de moi et alors les pensées et les images les plus obscures envahissent mon cerveau tuméfié, ravaudent mes oreilles et sourdent à travers la peau luisante de mon front. Lorsque les médicaments font effet, mon corps se refroidit, je commence à trembler et redeviens d'une étonnante lucidité, pour tomber aussitôt dans un sommeil agité et cotonneux. Depuis trois jours Lurp me veille. Il a fait venir un médecin lorsque j'ai commencé à hurler dans mon sommeil que je ne voulais pas faire du skate sur le toit, et que mon corps était agité de spasmes, tandis que mon souffle exhalait des relents vénéneux et putrides. Il a couru à la pharmacie de garde en pleine nuit, en prenant soin de me couvrir de couvertures en tous genre avant de sortir. Il m'a donné mes médicaments un par un, comme à une enfant, en ajoutant du sirop à mon eau pour qu'elle blesse moins ma gorge enflée. Il m'a portée jusqu'au toilettes lorsque mes jambes ne me portaient plus, et tous les jours il s'est affairé à préparer des soupes, quelques légumes bouillis, un peu de yaourt afin que je reprenne des forces. Lorsque j'ai exigé, ulcérée par les vagues de chaleur qui montaient de mes pieds à ma nuque, traçant un sillon collant de sueur sur mes reins, de sortir prendre l'air, il a d'abord refusé puis, devant mon agitation, m'a couvert de mille et uns vêtements, écharpes, bonnets avant de m'emmener faire quelques pas au bord de la seine. Plusieurs fois, lorsque la fièvre enfin me laissait entrevoir la réalité, je l'ai remercié en pleurant de son attention et de sa sollicitude, débordante d'une reconnaissance inédite.

    Lorsque ce matin, un peu plus lucide qu'à l'accoutumée, entrant enfin dans la phase de guérison, je me suis levée de mon lit froissé et puant de malade, je me suis dirigée en chancelant vers le salon, dont il avait fait sa chambre pour me laisser me reposer, je l'ai trouvé sanglotant doucement, les larmes tombant au goutte à goutte sur le livre posé sur ses genoux, imprimant au milieu des lettres de longues coulures noirâtres. Je me suis assise à ses côtés sur le canapé, enveloppée dans ma couette, sale et échevelée, et craintivement, j'ai demandé ce qui n'allait pas.

    "-Depuis trois jours, depuis que tu es partie dans le monde des rêves fiévreux... voilà trois jours que tu m'appelles Andy."

    Laissez moi me haïr.


  • Commentaires

    1
    Andy
    Lundi 18 Octobre 2004 à 18:42
    Dis lui
    Dis lui qu'entre nous c'est fini ! ;)
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