• Fragrance

    Je regarde le jour qui décline à travers le verre étoilé de la fenêtre. Un pigeon s'est écrasé violemment sur le carreau ce matin, et les sillons iridescents qui courent le long du verre sont légèrement teintés de rouge, funeste étoile glacée qui renferme en son coeur le sang vermillon de l'oiseau mort.

    Le café dans ma main de refroidit tandis que les cendres de ma cigarette tombent une à une sur le parquet, comme une fine neige grisâtre.

    Je me pelotonne sur le canapé, une couverture étalée sur mes genoux et me plonge dans mon bouquin, en attendant que Lurp rentre.

    Les minutes s'écoulent sans que je m'en aperçoivent, plongée que je suis dans mon monde onirique et il fait nuit lorsque le bruit de la clé dans la serrure me fait sursauter. Lurp entre, marque un temps d'arrêt, sans doute surpris par le silence nocturne de la pièce, puis referme la porte derrière lui. Nos deux cigarettes sont des points lumineux dans la nuit, et nous nous approchons l'un de l'autre à tâtons, uniquement guidés par les phares rougeoyants. Je sens sa main se poser sur mon bras, et remonter jusqu'à mon cou, palpant le terrain, et je l'arrête subitement. Son pull porte l'odeur prononcée et envoutante d'un parfum féminin, capiteux et sensuel.

    Dans mon cerveau se construit l'image de cette femme, constituée de morceaux d'effluves... elle doit être belle, d'une beauté de madone, le visage grave mais serein, son corps est probablement long et souple, doux, avec des hanches et une poitrine d'odalisque, toute en courbes et en féminité. je peux presque sentir sa peau satinée, la dentelle qui pare ses rondeurs, ses cheveux qui dégagent le même parfum envoûtant à chaque mouvement. La femme qui porte un parfum aussi suave et entêtant ne peut qu'être la sensualité incarnée.

    Et Lurp, qui tente de forcer ma main, qui veut me caresser le visage, qui cherche mes lèvres... Sa bouche, qui sent l'intimité d'une autre force mes lèvres à s'entrouvrir, sa peau est imprégnée d'elle, de cette odeur, de cette différence qui m'écoeure et m'attire à la fois. C'est elle que je veux à travers lui, c'est elle que je touche quand mes mains soulèvent la chemise et se pose sur le torse, s'attendant presque à y trouver du volume, de la douceur, une peau douce et sucrée, brûlante et tendue. Mais sur sa peau à lui, leurs odeurs mêlées, leurs sueurs et leurs fluides mélangés, lui donnent le goût de la trahison, de la luxure, de la bête. Alors je fond sur lui, je dévore son corps, je le possède, je le dompte, et je ferai mieux qu'Elle.


  • Commentaires

    1
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    Jeudi 21 Octobre 2004 à 18:56
    Toujours...
    ...beaucoup de plaisir à te lire !
    2
    Fayyye
    Vendredi 22 Octobre 2004 à 10:33
    Merci
    C'est gentil ça, Alchy!
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